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Messages

Affichage des messages du septembre, 2017

Le prix de l'autonomie

Personne n'est à l'abri de la maladie, d'une perte d'emploi, d'un divorce ou d'une séparation. Mais pour beaucoup de femmes, un tel chambardement entraîne bien souvent une précarité inimaginable jusque-là. La pauvreté habite la porte juste à côté.

Une histoire d'amour et de précarité
Un couple, hétérosexuel en l'occurrence, tombe en amour. Appelons-les Judith et Mario. Judith et Mario, donc, après quelques mois de passionnantes et enlevantes fréquentations, emménagent ensemble dans un joli condo flambant neuf sur deux étages, avec vue spectaculaire sur le Stade olympique. Wow, la totale.

Par la même occasion, ils achètent des meubles neufs, une nouvelle voiture, et font ensemble de superbes voyages. Bref, tout se passe merveilleusement bien, la vita e bella, un vrai conte de fées.

Deux années sonnant la relation, Judith découvre que Mario fréquente quelqu'un d'autre en cachette depuis des semaines (je vous épargne les détails), bref, l…

L'Homme avec sa grosse hache

J'ai tenté de plonger avec bonheur philosophique dans le documentaire, dit « docutopique », La possibilité d'être humain (2014), réalisé par les français Pablo Girault et Thierry Kruger, portant sur les changements de société depuis l'industrialisation, la surconsommation et la perte de sens du travail. Même que d'entrée de jeu, on remettait en question « l'Homme avec sa grosse hache » de destruction. Ataboy, sortez le popcorn.

Pourtant, à la fin de ce machiste documentaire de 75 minutes, je voyais rouge. Au point tel que j'allais m'ouvrir un compte sur Facebook expressément pour envoyer un message de bêtises - à caractère hautement féministe - aux deux réalisateurs, mais j'ai finalement décanté ma colère avec un verre de rouge. Fuck Facebook.

Pas une seule femme dans le film! Je répète, pas une seule. Vous croyez que j'exagère? Explorez la liste du chic casting intellectuel exclusivement masculin. Une femme apparaît, oui, aux cotés d'un homme q…

Les pieds écarlates

L'intense et effroyable série américaine The Handmaid's Tale (La Servante écarlate, 2017) est basée sur le récit dystopique de Margaret Atwood publié en 1985, dans lequel les femmes d'une nation futuriste perdent du coup tous leurs droits, celui de travailler, de posséder des avoirs, tout comme leur propre corps.

Servant uniquement à la procréation, les servantes drapées de rouge (ressemblant au Petit chaperon rouge, petite fille courant à sa perte dans les bois, finissant dans la gueule du loup), portant une corniche blanche (rappelant pour sa part La Soeur volante, avec Sally Field, diffusée dans les années 70) ainsi que le nom de leur maître (Commander) - Offred, qui appartient à Fred, ou Ofglen, à Glen (outch!)- doivent obéir aux ordres d'un nouveau système ultra-religieux totalitaire, et tout ça donne des frissons, parfois même des nausées.

Les pieds et les mouvements de femme
Dans le 4è épisode - attention, spoiler alert -, June/Offred, interprétée par Elisabeth M…

Je me souviens... de Ludmilla Chiriaeff

(photo: Harry Palmer)
La compagnie de danse classique, les Grands Ballets canadiens, a été fondée par une femme exceptionnelle, qui a grandement contribué à la culture québécoise, Ludmilla Chiriaeff (1924-1996), surnommée Madame. Rien de moins.

Femme, immigrante, visionnaire
Née en 1924 de parents russes, à Riga, en Lettonie indépendante, Ludmilla Otsup-Grony quitte l’Allemagne en 1946 pour s’installer en Suisse, où elle fonde Les Ballets du Théâtre des Arts à Genève, et épouse l’artiste Alexis Chiriaeff. En janvier 1952, enceinte de huit mois, elle s’installe à Montréal avec son mari et leurs deux enfants – elle en aura deux autres dans sa nouvelle patrie.

Mère, danseuse, chorégraphe, enseignante, femme de tête et d’action, les deux pieds fermement ancrés dans cette terre d’accueil qu’elle adopte sur-le-champ, Ludmilla Chiriaeff est particulièrement déterminée à mettre en mouvement sa vision et développer par là même la danse professionnelle au Québec : « Elle portait en elle un p…

«Y'ont juste à s'prendre en main»

Au début des années 90, j'oeuvrais en santé mentale en milieu communautaire. Étudiante à temps plein, je cohabitais alors avec mon frère aîné, devenu par la suite un richissime courtier à Wall Street.

Nos visions du monde étaient loin d'être similaires, c'est le moins qu'on puisse dire. À propos des gens souffrant de maladie mentale et de cette pauvreté inhérente, enchevêtrée aux problèmes de toxicomanie et d'itinérance, mon grand frère affirmait haut et fort, à qui voulait bien l'entendre : « Y'ont juste à s'prendre en main ».

La santé mentale et l'argent 
Facile à dire (le grand) quand tout se passe bien. Mais lorsque les aléas et les coups durs de la vie "éveillent" ou précipitent certaines prédispositions génétiques, c'est autre chose. Sommes-nous réellement tous nés égaux, porteurs d'un bagage héréditaire que personne ne choisit?

Les gens qui souffrent d'un trouble de santé mentale, passager ou chronique, sont…

Pour en finir avec Cendrillon

Il existe de nombreuses versions de « Cendrillon, ou, la Petite Pantoufle de verre », comme Aschenputtel, ou encore « Chatte des cendres »... passons. Mais celle connue en Amérique, voire dans tous les pays américanisés, et donc édulcorée à la Walt Disney, est inspirée du conte de Charles Perrault (1628-1703), tradition orale jetée sur papier à la fin du 17ième siècle. D'ores et déjà, ça commence mal.

En 2015, les studios Walt Disney ont d'ailleurs repris leur grand succès du film d'animation de 1950, en présentant Cinderella en chair et en os, film fantastique (voire romantico-fantasmagorique) réalisé par Kenneth Branagh, avec l'excellente Cate Blanchett dans le rôle de la marâtre, Madame Trémaine ("très" main, en anglais), généralement vêtue d'un vert incisif l'enveloppant d'une cruelle jalousie; Lily James, interprétant Ella (elle) dit Cendrillon (car Ella dort dans les cendres, d'où le mesquin surnom); Richard Madden, Kit (le « paquet »),…

Deux hommes en or, deux femmes invisibles

Deux hommes en or, Les Francs-tireurs, Tout le monde en parle, le concept est bien connu, deux animateurs, deux hommes bien sûr, des entrevues coup de poing, enfin presque. Les hommes sont-ils les seuls capables au Québec de mener de front des entrevues, de poser « les vraies questions », de discuter, de débattre, d'alimenter les discussions politiques, sociales et économiques? Mais où sont les femmes qui pensent, bon sang, à la télévision?

Deux animatrices, mission impossible? Ne serait-ce que Deux femmes en argent ou même juste en bronze mettons, non? Mieux encore, Deux femmes en ta... Mais bon, on craint sans doute qu'elles se bitchent mutuellement, qu'elles se prennent la tête, démarrent un catfight, se crêpent le chignon, rivalisent avec leurs invité.e.s, ou, pis encore, qu'elles aient leurs règles en même temps - surtout pas deux ménopausées à la télé, faut quand même pas exagérer. (Wo-là! On se calme le poil des jambes la féministe!)

Sinon, on a eu droit à des c…

Le colon irrité, le côlon irritable et la coloscopie à 75$

Près d'un million de Québécois.es souffriraient du syndrome du côlon irritable, affectant plus de femmes que d'hommes. Les colons et les côlons ont de quoi s'irriter. Gratuits les services de santé? Pas vraiment.

Frais cachés et service expéditif
La tension monte chez les indigents, et cet austère stress n'est pas sans affecter le premier grand centre intelligent du corps humain, l'intestin, et par le fait même sa fonction primaire, la digestion. (À ce propos, consultez Les deux cerveaux du corps humain.)

Si vous avez besoin de passer un examen du côlon, en plus d'attendre des mois, il vous faudra de l'argent. Pour illustrer, à l'hôpital de Verdun, les règles sont les suivantes: d'abord, vous devez vous procurer les produits nécessaires avant l'examen. Coût estimé? 35$, disponibles en vente libre à la pharmacie du coin, non-couverts par l'assurance-maladie ou l'aide sociale.

Deuxième exigence, vous devez quitter l'hôpital tout de…

Aldé pis moé

"Toé, ma p'tite fille, tu vas aller loin dans' vie." Si Aldé, alors président du Club Optimiste de Trois-Rivières, m’avait expliqué à l'époque, dans les années 80, que ça voudrait dire survivre au Québec sous le seuil de la pauvreté, me serais-je autant démenée depuis cette insouciante et exubérante jeunesse?

La honte d'être pauvre au Québec
Mon sinueux et lamentable parcours socio-économique n’a absolument rien de singulier. Nous sommes des dizaines, voire des centaines de milliers de Québécoises* à s’être appauvries au cours de la dernière décennie, survivant péniblement grâce à un mince fil social – ne cherchez plus le filet, il a complètement été démantelé - et, pour ma part, Moisson Montréal et les différents organismes qu'il dessert. (Parlant de dessert, c'est habituellement du yogourt passé date. On n'en meurt pas, ça l'air.)

Le sentiment qu'éprouvent les pauvres - et contre lequel je me bats constamment? La honte. Et que provoque…

« Hi(s)tory » et la mienne

Mon frère jumeau et moi étions comme chien pis chat. Au point tel qu'il avait été décrété, et ce, dès la maternelle, qu'il valait mieux être séparés, pour notre bien et celui de tous. Nous avons donc été éduqués chacun de notre côté, et très différemment qui plus est.

L'endoctrinement machiste et patriarcal
Une fois au niveau secondaire effectivement, le contenu de certains de nos cours avait drastiquement changé, notamment, en économie. Lui avait la
« mondiale », moi, la « familiale». Cours de cuisine, de couture, de tricot, id est (cours de latin aussi, c’est vrai) « comment prendre soin d’une famille sans se ruiner », pour les nulles, bien avant son temps. J’avais à peine 12 ou 13 ans quand tout ce baratin a commencé, et je ne voulais pas d’enfant - un dossier réglé à l’âge de cinq ans -, j’avais donc la motivation dans les talons, en plus d’avoir déjà été initiée à ces disciplines « féminines » à la maison.
Servant essentiellement à la domestication de la femme (e…

La colère des femmes et la souveraineté du Québec

« La colère est un moteur pour l'action », écrit Françoise David dans De colère et d'espoir (Écosociété, 2011). La colère est un puissant moteur en effet. Le seul problème avec l'émotion rouge - aucun mauvais jeu de mot partisan ici -, elle demeure encore réservée aux hommes.

Colère, tristesse et dépression
Au cours des 15 dernières années, oeuvrant en santé mentale et en thérapies par les arts, je me suis grandement intéressée à la colère des femmes. D'une part, parce qu'elle apparaissait chez plusieurs d'entre elles souffrant en silence, d'autre part, parce qu'elle se pointait bien souvent là où on l'attend le moins, entre autres, chez les femmes en dépression.

Beaucoup a déjà été dit sur le sujet*, mais j'insiste néanmoins sur ce point : la colère contenue, réprimée, et ultimement retournée contre soi, est à la source de nombreuses dépressions chez les femmes.

L'expression de la colère - tout comme l'agressivité et la sexu…

Moi, Sylvie M., 47 ans, pauvre, indignée...

Au Québec, on parle sans cesse de l'essoufflement de la classe moyenne. Mais qui martèle l'étranglement des personnes vivant sous le seuil de la pauvreté et défend leurs droits, à part la députée/battante Manon Massé, qui en a fait, tout comme l'ex-députée Françoise David d'ailleurs, son cheval de bataille? (Visionnez l'intervention de madame Massé sur le projet de loi 70 à l'Assemblée nationale, quelques mois avant sa cruelle adoption.)

J'en suis
Alors que les politicien.ne.s tentent inlassablement de rassurer la classe moyenne, tout en voyant de très près aux intérêts (composés) des riches, des richissimes entreprises et multinationales, les personnes pauvres, elles, et plus particulièrement les femmes, sont laissées pour compte.

Au Québec pourtant, si vous travaillez à temps plein au salaire minimum, à temps partiel dans des conditions précaires, voire lamentables, ou êtes bénéficiaire de l'aide sociale, vous ne vivez pas, vous survivez. J&…