Passer au contenu principal

"Ode à la femme", mon œil


La programmation 2018-2019 des Grands Ballets canadiens de Montréal a été dévoilée la semaine dernière. Selon le nouveau directeur artistique, Ivan Cavallari, la prochaine saison sera une « ode à la femme ». Yeah right.

L’art (peu subtil) d’instrumentaliser le mouvement des femmes 
Voilà une autre preuve que la compagnie Les Grands Ballets canadiens de Montréal est bel et bien menée par un Boys Club (voir Faire bouger le monde. N’importe comment.). Une femme au sein de l’équipe de la direction, avec du poids s’entend, aurait dit : « Un instant les mecs, vous êtes complètement dans le champ, et du mauvais côté de l’histoire qui plus est ».

Partir « à la découverte de la femme » serait le fil conducteur de la prochaine saison. À la découverte de la femme? What the fuck... Et ça, c’est rien. Faut maintenant s’intéresser à la programmation dans ses détails, toujours pertinents - le diable s'y trouve tout le temps. Encore une fois vous serez subjugué par beaucoup de beaux mots, mais rien de véritablement substantiel dans les faits. On cherche, on cherche… Mais où sont les femmes en charge, en position de pouvoir, dans tout ce baratin?

Une seule chorégraphe féminine au programme - bravo les boys -, la britannique Cathy Marston qui s’attaque à L’amant de Lady Chatterly, l’œuvre de D. H. Lawrence, « roman d’amour du début du XXe siècle qui décrit l’intense passion que vivront, aux frontières des classes sociales, une aristocrate et un garde-chasse dans une Angleterre puritaine et industrialisée, au lendemain de la Première Guerre mondiale. Longtemps interdit de publication, ce roman au parfum de scandale, puissamment érotique et troublant, contribuera à libérer les mentalités et les mœurs. » (1)

Espérons que l’œuvre chorégraphique de Mme Marston aura le même effet sur l’institution québécoise. Ce ballet contemporain serait tellement sensuel que le spectacle pourrait « ne pas convenir à certains spectateurs ». Madame brasserait-elle la cage de ce monde élitiste et puritain? On verra bien.

Pour le reste, même rengaine machiste que l’on connaît depuis la nuit des temps. On y retrouve l’annuel Casse-Noisette, Le Lac des cygnes (basé sur un conte du 17ième siècle, ça part mal - à ce propos, consultez Pour en finir avec Cendrillon ou Les pieds écarlates), et Giselle, un autre classique insupportable dans lequel « …la jeune paysanne [qui], trahie par l’homme noble qu’elle aimait, perd peu à peu contact avec la tragique réalité avant de sombrer dans la folie. » Bon, encore une femme qui perd la raison et les pédales. Mais il y en a marre à la fin (La danse, la folie et les femmesHistoires de folles et de génies).

Et à la toute fin de la saison 2018-2019, les Grands Ballets présenteront la cerise sur le sundae, le « grand moment de la saison » invraisemblablement, le spectacle de clôture intitulé Femmes*, rien de moins. Chorégraphié par qui? Trois hommes... C’est du beau. Et pas trois chorégraphes québécois, non, non, deux français et un britannique. Car, le saviez-vous, l’institution québécoise est devenue une grosse entreprise internationale financée notamment par le peuple québécois. C’est-y pas beau l’expansion au nom de la mondialisation mais au détriment des talents d'ici?

« Le ballet est une femme », y lit-on. Oui, certainement. Une femme exploitée et manipulée de tous bords tous côtés, jadis courtisane de luxe, instrumentalisée par la monarchie et l'aristocratie de l’époque, et, plus près de nous, par les fédéralistes, dès l'arrivée de la Commission Massey en 1949 notamment - Commission royale d’enquête sur l’avancement des sciences, des arts et des lettres au Canada cherchant à contrer l’envahissement de la culture américaine en utilisant, entre autres, la danse, question de parler un seul et même langage universel, et donc non-verbal, idéal pour les deux solitudes d’un océan à l’autre de leur beau Canada. (Notons au passage que ce sont ces mêmes Grands Ballets canadiens qui importent aujourd’hui la culture américaine sur notre territoire via leur Centre « national » de danse-thérapie, sans oublier l’hypocrisie de prétendre au « mieux-être » des individus d’un côté, tout en exigeant des standards corporels bien précis de l’autre. Mais bon, tout ça c’est un autre dossier… Tiens donc, il est justement ici: Scandale culturel – dossier).

Mais qui, au Québec, ose critiquer les Grands Ballets publiquement? Même Le Devoir, seul quotidien qui parle encore de danse, publiait récemment un article sur « cette programmation où les femmes sont d’abord vues que comme muses », mais celui-ci, étrangement, n’est pas signé, en plus d'être bien timide.

Pour ma part, j’vais m’gêner là? Non monsieur. Mon nom est Sylvie Marchand, et non, je n’ai pas fini de décrier le sexisme et l’arrogance du Boys Club des Grands Ballets canadiens de Montréal. Il serait grand temps de révolutionner cette vieille institution au nom de la collectivité et de l'innovation sociale. Fini le nombrilisme et l'internationalisation, les garçons.

Faut cesser de « découvrir » les femmes, et surtout, d’instrumentaliser leurs mouvements d’émancipation. Que diriez-vous, en lieu et place, de vous tasser, de les laisser diriger, chorégraphier, bref, être les maîtresses de la maison, histoire de voir à quoi ressemblerait une vraie programmation féministe en ballet classique au 21ième siècle. Quoi? On a bien le droit de rêver. Et maintenant, non?

Féministe tant qu’il le faudra! Souverainiste tant qu’il le faudra. Et activiste itou.
----
(1) Extrait du site internet des Grands Ballets canadiens de Montréal.

*Notez que suite à la controverse, les Grands Ballets ont modifié leur texte et le titre du spectacle qui devait s'appeler Femmes. Continuons à parler haut et fort, mesdames et messieurs.

Pétition en ligne...  NON à l'américanisation de la danse-thérapie au Québec !

Messages les plus consultés de ce blogue

Une femme qui dérange est forcément dérangée

Toutes les femmes qui expriment haut et fort leur mécontentement le savent, toutes celles qui dénoncent les injustices, brandissent les drapeaux de la colère et de l’indignation vous le diront, les grandes gueules féminines sont automatiquement étiquetées des « crisses de folles », des hystériques et autres noms de délurées réservés aux femmes, et surtout, conçus spécialement pour elles.

Plus de deux millénaires de folie féminine… ça commence à faire 
On l’oublie ou l’ignore tout simplement, mais le concept hippocratique de la « femme dérangeante » a bel et bien existé en Grèce antique. L’idée de réprimer les femmes en les traitant de folles n’a donc absolument rien de nouveau et dure depuis au moins deux millénaires.

Considéré le père de la médecine, Hippocrate vécut quelques 400 ans avant notre ère. Et comme il jeta les bases de la science, notamment des théories de l’humeur, et qu’il percevait de surcroît le corps de la femme comme une « dangereuse matrice » (« dangerous insides »)…

Bonsoir, et bonne chance

J’ai travaillé assez longtemps dans un pays communiste pour voir de très près les tenants et aboutissants d’un régime abusif. J’en ai vu des vertes-kaki et des pas mûres; l’absence totale de liberté de presse, le contrôle de l’information, la désinformation, la surveillance continue des citoyens et des étrangers (même si j’étais loin de mener une vie à la Mata Hari, la « danseuse-espionne » qui n’était ni vraiment danseuse ni vraiment espionne), et évidemment, la propagande sous toutes ses formes, s’immisçant jusque dans les livres des enfants du primaire.

Et récemment, j’ai revu le film Good night, and Good Luck, le docudrame réalisé par George Clooney, écrit par lui-même et Grant Heslov, sorti en 2005. Je suis restée pantoise en écoutant les paroles du journaliste Edward R. Murrow (1908-1965): « We are currently wealthy, fat, comfortable, and complacent. We have a built-in allergy to unpleasant or disturbing information - our mass media reflect this. But unless we get up off our fa…

Faire bouger le monde. N'importe comment.

Casse-Noisette s'en vient et les nombreuses publicités qui ont envahi la ville de Montréal depuis quelques semaines provoquent chez moi de l'urticaire, en plus d'une forte bouffée de chaleur frôlant la syncope. Non, ce n'est pas la ménopause (je vous emmerde), mais toutes les insidieuses opérations de marketing qui rognent notre culture, notre langue et notre pouvoir décisionnel me font clairement voir rouge.

Je ne parle pas du spectacle lui-même - ni de « l'accommodement» du pauvre gérant de la boutique Adidas ou même de la scandaleuse entente de Mélanie Joly avec Netflix -, mais bien du Boys Club des Grands Ballets canadiens de Montréal. Oui, oui, la compagnie de ballet classique à l'image féerique.

Une autre belle illustration de la suprématie machiste, exemple parfait qui pourrait servir au cours universitaire « Marketing patriarcal et instrumentalisation des femmes», s'il en était un.

En gros, le concept est simple, quelques hommes se pointent dans un…